mardi, 27 février 2007

La bourde

Non, il ne s'agit pas d'une innocente « langue qui fourche », comme lorsqu’il avait parlé (au mont saint-Michel) de supprimer l’impôt sur « l’héritation ».

Ni d’un simple trou de mémoire, comme le fait de ne pas savoir le nombre de sous-marins nucléaires d’attaque dont dispose la France puisque, arroseur arrosé, le candidat sortant s’est fait piéger par la même question de trivial pursuit que Ségolène. Souvenez-vous, à l’époque, de la bordée de quolibets que s’était attirée notre candidate de la part d’un UMP aujourd’hui étrangement muet... Comment a-t-il pu se laisser coincer ? Le ministre - candidat était pourtant prévenu de ce qui l’attendait en se rendant dans les studios de RMC ! Ou peut-être avait-il une trop grande confiance dans la complaisance médiatique ?

 Mais la bourde dont il est question ici est autrement plus grave et inquiétante. Le ministre de l’intérieur et des cultes semble ignorer tout simplement qu’il existe des sunnites et des chiites ! Questionné sur l’appartenance d’Al Qaida à l’une de ces deux branches de l’islam, non seulement il est incapable de répondre mais il déclare qu’Al Qaida ne se limite pas à une « ethnie » !

Dans le genre « prendre le Pirée pour un homme », il est difficile de faire mieux !

Cette bourde est d'autant plus remarquable, qu'elle émane d'un responsable politique qui est au pouvoir depuis le 11 septembre 2001. Il serait très étonnant d'écouter ce Ministre d'Etat débattre avec les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne au cours des rencontres portant sur la menace terroriste...

Comment peut-on combattre correctement le terrorisme international lorsqu'on n'est pas capable de distinguer les protagonistes de ces réseaux terroristes identifiés depuis plus de cinq ans ?

Comment porter la voix de la France sur la scène irakienne ou proche-orientale, tout en ignorant que les chiites et les sunnites sont entrés dans une guerre civile dans laquelle Al Qaïda a choisi son camp, en désignant les chiites comme le groupe à combattre en priorité, voulant ainsi devenir le porte parole de la minorité sunnite dans ce pays et, encore plus grave, dans la région.

Faut-il rappeler que le président sortant avait au moins cette capacité à comprendre les rapports de forces géopolitiques en Irak et au Proche-Orient, évitant ainsi à notre pays de se retrouver, comme les Américains actuellement, au milieu d'une guerre civile entre les sunnites et les chiites en Irak ?

Ces lacunes du candidat de droite sont inquiétantes à plus d’un titre. Elles le sont pour la sécurité de notre pays face à l’identification des protagonistes en matière de terrorisme. Elles le sont pour la crédibilité de la France. Elles le sont enfin pour les choix que devra faire notre pays en matière de guerre et de paix.

mardi, 28 novembre 2006

UN DEVOIR DE VICTOIRE

 

medium_segolene_en_plein_discours.3.jpgVous m'avez donné de la force, cette force gardons-la intacte, faisons-la grandir pour avoir la victoire en 2007.

Merci de me transmettre ce flambeau devant tous les socialistes rassemblés.

Nous écrivons aujourd'hui ensemble une belle page de l'histoire de France. Un nouvel espoir s'est levé à gauche, comme une vague en formation, qui ne demande qu' à grandir.

J'ai besoin de tout le monde, j'ai besoin de tous les talents, j'ai besoin de tous les socialistes.

C'est la droite qui par ses choix fabrique de l'insécurité sociale, du désordre et de la violence. Elle les fabrique parce qu'elle croit qu'en prétendant les résoudre, elle va gagner la prochaine échéance

La campagne sera victorieuse si nous le méritons.

Pendant cette phase d'écoute, nous allons débattre de quatre thèmes: l'éducation, la lutte contre toutes les formes de violence, le problème de la vie chère" et l'excellence environnementale et le co-développement.

Accomplissons ensemble notre devoir pour les millions de Français qui attendent qu'on mette fin à ces politiques de rupture, de fracture, d'insécurité et de précarité."medium_segolene_2.jpg

Aidez-moi à tracer ce chemin, aidez-moi à construire ce renouveau.

La campagne sera victorieuse si nous le méritons et si nous y travaillons.

Dans cette campagne, il y aura des embûches, des chausse-trapes, car la droite ne recule devant rien. Il y aura des chutes mais nous nous relèverons, il y aura des entorses mais nous les soignerons, il y aura des pièges mais nous les contournerons. J'ai de la résistance, de la force, de l'obstination et du courage.

Il s'agit d'un beau combat des idées et ce combat-là nous allons le gagner.

dimanche, 19 novembre 2006

25 NOVEMBRE CAFE POLITIQUE

INVITATION A DEBATTRE POUR SAMEDI 25 NOVEMBRE : affichette-A4_1_.pdf

SEGOLENE EN VIDEO...

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vendredi, 25 août 2006

Fête de la Rose de Frangy en Bresse

 

 

20 août 2006

 

 

 

Discours de Ségolène Royal

 

 

 

Bonjour à toutes et à tous. Quel bonheur de vous voir aussi nombreux, rassemblés à Frangy ! Votre présence est un trésor qui ne me donne que des devoirs et aucun droit. En vous voyant, je me dis que ma première responsabilité, c’est tout simplement d’être à la hauteur de ce que vous êtes, de votre énergie, de votre générosité, de votre patience aussi. Je salue tous les élus de cette belle région de Bourgogne, qui sont présents aujourd’hui. Et toutes celles et tous ceux venus de plus loin, des régions voisines et même d’autres plus éloignées.

 

 

 

Nous avons été touchés, cher Arnaud, par ton évocation éloquente, à l’instant, des désordres économiques qui affaiblissent la République et exaspèrent les Français. Les ravages sociaux et le gâchis humain qui en résultent sont le produit de la brutalité de la droite, de son inertie quand il faudrait agir et de sa confiscation du pouvoir contre lesquelles nous nous apprêtons à mener une bataille décisive. Oui, il faut battre la droite ! Il faut la battre non pas pour nous mais pour redresser le pays et pour donner à chacun, à chacune, le droit et la possibilité effective de construire dignement sa vie et le bonheur des siens, de transmettre à ses enfants et, plus largement, à la génération suivante des valeurs et des moyens de conduire sa vie qui permettront aux jeunes d’aujourd’hui de transmettre à leur tour, le moment venu, à la génération d’après. C’est là le fond, la raison même de l’action politique, dont tout le reste découle. Nous croyons, nous socialistes, que pour repartir vers le haut, la France a besoin de tous les siens, de tous ses talents, de toutes ses énergies. Nous croyons aussi, nous socialistes, qu’il est temps de partager avec les citoyens les décisions qui engagent leur avenir.

 

 

 

Deux visions de la France et deux conceptions opposées de l’exercice du pouvoir seront, dans huit mois, l’enjeu de l’élection présidentielle. C’est de cela que je voudrais aujourd’hui vous parler.

 

 

 

Mais permettez-moi d’abord de vous dire combien je suis heureuse de prendre part à ce moment d’amitié et de fraternité que sont les retrouvailles annuelles de Frangy, dans cette ambiance chaleureuse où se mêlent les Bressans et ceux venus d’ailleurs, les militants et les sympathisants socialistes, des membres des Comités locaux Désirs d’Avenir, des hommes et des femmes de gauche mais aussi des citoyens qui n’ont pas encore fait leur choix, qui peut-être ne savent pas s’ils sont à gauche ou à droite, comme on le dit de beaucoup de Français, et qui regardent, qui écoutent, qui observent. Mais tous, si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous pensez qu’une autre France est possible, une autre France que celle du déclin, des inégalités et du gaspillage humain. Ici, à Frangy, je vous le dis : oui, une autre France est possible !

 

 

 

La Fête de la Rose de Frangy est de longue date un événement politique qui intéresse bien au-delà de la vallée de la Saône. La presse est là en nombre. Pardon pour les bousculades qui en ont résulté tout à l’heure mais les journalistes sont, dans l’exercice de leur métier, des partenaires nécessaires du débat démocratique. Je salue aussi en votre nom la presse internationale dont la présence nous rappelle que l’on s’intéresse, hors de nos frontières, à ce qui va se passer chez nous. Ces bousculades – pourquoi ne pas l’avouer ? – montrent que le vaste mouvement d’aujourd’hui nous a un peu pris de court. Il nous comble mais notre organisation est encore un peu artisanale et c’est d’ailleurs ce qui fait son charme.

 

 

 

Vous savez, Monsieur le Maire, que nous avons installé pour la journée un Internet à haut débit, afin que la presse puisse travailler. Au nom des petites communes rurales, de leur lutte contre la désertification des territoires et pour le droit d’accéder aux nouvelles technologies, je voudrais vous dire, Monsieur le Maire  : lorsque la fête sera finie, fermez bien les locaux, fermez bien la mairie et cet Internet à haut débit, gardez-le !

 

 

 

A l’heure où je vous parle, je ressens que la campagne qui s’annonce, cette campagne qui n’a pas encore démarré, nous la voulons belle, ardente et portée par un fort désir d’avenir. Ici, aujourd’hui, je sens en vous cette énergie.

 

 

 

Les Fêtes de la Rose, pour nous socialistes, sont un peu nos fêtes de famille. Une famille qui, cette année, se réjouit d’accueillir beaucoup de nouveaux adhérents : c’est un signe de vitalité et la preuve d’une volonté de peser sur les choix importants qui nous incombent. La famille socialiste est riche de tous ses nouveaux adhérents et de toutes ses générations de militants. C’est une famille moderne au sens où l’on y trouve toutes sortes de sensibilités, de personnalités, d’affinités. Notre combat s’inscrit dans la longue durée de l’histoire socialiste et de ses luttes contre les inégalités. C’est pourquoi nous savons que nous avons aussi, à chaque génération, l’obligation d’en actualiser l’héritage dans le temps qui est le nôtre. Dans la fidélité à nos valeurs mais sans craindre d’innover, d’inventer, d’imaginer. C’est à cela que je vous invite.

 

 

 

La première fois que je suis venue à Frangy, on le rappelait tout à l’heure, c’était en 1993, au lendemain d’une douloureuse défaite qui nous laissa bien peu nombreux sur les bancs de gauche à l’Assemblée nationale. Nous serrions alors les rangs dans l’adversité. Aujourd’hui, je n’en doute pas, c’est portés par la volonté de gagner que nous nous retrouvons en terre bressane, dans cette Bourgogne que François Mitterrand aimait tant.

 

 

 

Comment, ici, ne pas penser à lui ? A son enracinement et à sa fidélité au Morvan. A la force qu’il y puisa. A son dernier désir qu’un peu de terre bourguignonne se mêle, sur sa tombe, à celle de Jarnac, en Charente, dans la Région que je préside. Je me souviens de cette leçon de lucidité et de ténacité qu’il nous donna lors du dernier Conseil des Ministres auquel je participais, en 1993, comme Ministre de l’Environnement. La gauche avait perdu les élections législatives. Un gouvernement de droite était en formation. Nous étions entre les deux tours. Voici ce que nous dit François Mitterrand : « Vous allez devoir reconstituer un noyau cohérent, vigoureux, sans querelles, ne craignant pas les obstacles, acceptant les sacrifices, renonçant aux joies paisibles d’une vie tranquille ». Il avait ajouté : « Je n’en ai plus pour longtemps. J’aimerais bien voir l’Europe se lever. Et pour la gauche, faudra-t-il une génération ? Ce n’est pas sûr. Vous avez une grande et belle cause à défendre, et dites-vous bien qu’elle est meilleure que nous tous. En face, c’est une loi de la société qui veut que ceux qui possèdent veulent toujours posséder plus. Pour imposer des lois d’équité, il faut des révolutions ». Cette belle et forte leçon vaut pour les temps actuels.

 

 

 

Aujourd’hui encore, j’en tire ma force comme j’y ai puisé l’énergie des batailles électorales que nous avons conduites et gagnées. Je revendique cette lignée mitterrandienne et j’en suis fière. Je suis heureuse d’avoir à Frangy l’occasion de vous dire combien, pour moi, cet héritage compte mais aussi ma manière de le revisiter, de l’actualiser à la lumière de tout ce qui, depuis 1993, a changé dans notre pays et dans notre monde.

 

 

 

Comme souvent, les paroles de François Mitterrand allaient droit à l’essentiel. Ce que nous devons en retenir ? D’abord le devoir d’unité : sans elle, rien n’est possible. Le courage requis pour une cause qui nous dépasse. Et la nécessité de révolutions, au sens de changements profonds, pour que la justice l’emporte sur les égoïsmes et les routines.

 

 

 

C’est la feuille de route que je vous propose car ces valeurs claires restent un guide pour l’action.

 

 

 

C’est ainsi que je conçois l’exercice de la responsabilité politique et le rôle d’un Chef de l’Etat.

 

 

 

Pour mener la bataille de l’avenir, nous avons le devoir d’assurer l’unité des socialistes et le rassemblement de la gauche dans le respect de sa diversité. Les socialistes semblent souvent rechigner à faire bloc mais ils finissent toujours par serrer les rangs. C’est pourquoi je crois qu’il faut prendre avec philosophie les débats qui nous animent. Car, au fond, ce qui nous rassemble est bien plus fort que ce qui nous sépare sur tel ou tel sujet. Et nous savons bien que, pour convaincre et entraîner les Français, nous devons commencer par regrouper nos propres forces.

Ici, à Frangy, ce rassemblement est palpable.

Je sens votre espérance.

Je sens votre ferveur.

Je sens notre force collective.

A nous de la faire croître afin que nous soyons en mesure, demain, de retirer la France vers le haut et, avec d’autres, de construire l’Europe par la preuve et de bâtir un monde plus juste. A nous de faire prévaloir, en somme, cet ordre social juste rendant possible la construction, tant attendue, des sécurités durables qui permettront à chacun d’affronter sereinement les changements. Car il n’est pas supportable que ce soit toujours les mêmes qui en soient victimes, toujours les mêmes qui subissent, et toujours les mêmes qui s’en sortent, toujours les mêmes qui en profitent.

 

 

 

Là est la tâche de la gauche qui, comme le disait Léon Blum, sait que les besoins des uns sont solidaires de ceux des autres, que personne ne peut se sauver seul car les droits de chaque individu sont solidaires des droits de tous. Regardez la France, regardez la planète : jamais ces principes n’ont été aussi vrais.

 

 

 

Au bout du compte, quelle est l’aspiration de tout être humain et quel est le sens de la politique ?

 

 

 

I.- Construire sa vie et le bonheur des siens.

 

 

 

Je vous l’ai dit : pour moi, l’action politique doit permettre à chacun de construire librement sa vie, de la choisir et de la maîtriser, et de construire le bonheur des siens, de transmettre à ses enfants les valeurs et le bagage pour réussir. C’est la conquête de ce droit élémentaire, pour chacun et pour chacune, qui justifie d’abord notre combat politique.

 

 

 

Dans la France d’aujourd’hui, les uns maîtrisent leur destin et sont assurés de l’avenir - le leur et celui de leurs enfants - alors que les autres, tenaillés par la précarité, sont privés de cette possibilité ou craignent de la perdre. Là se trouvent le clivage le plus profond et l’inégalité la plus criante à laquelle nous devons répondre.

 

 

 

Pour la droite, cette inégalité est « inévitable » car elle résulterait d’un mécanisme quasi-naturel de sélection, économiquement justifié, qui trie les gagnants et les perdants, avec quelques exceptions qui font illusion, et assurerait le dynamisme de la société. Nous en connaissons le résultat : une société de ghettos dans laquelle ceux qui ne vivent pas de la même façon s’évitent et s’ignorent. Ils ont d’autant moins d’occasions de se rencontrer  que la suppression du service national a fait disparaître le dernier endroit où des Français de toutes origines sociales et géographiques pouvaient se découvrir et se parler. Aujourd’hui, dans notre pays, des murs sont dressés qui mettent de plus en plus les uns à distance des autres. Il va falloir abattre ces murs et construire des ponts.

 

 

 

La droite veut faire croire que la gauche propose une société d’assistanat.

Mais la gauche, ce n’est pas l’assistanat ! C’est tout le contraire ! La gauche, c’est créer et garantir les conditions nécessaires pour que chacun ait, à égalité, les moyens et la possibilité d’assumer sa responsabilité et de construire librement sa vie. La responsabilité individuelle et la récompense de l’effort ne sont pas des valeurs conservatrices. Ce sont des valeurs progressistes et je les revendique pour les socialistes, dès lors que les réformes, c’est-à-dire l’action politique vigoureuse, permettent d’en créer pour tous les conditions, au premier rang desquelles, l’éducation, la formation professionnelle et l’accès à la culture. Ce combat pour l’égalité réelle est permanent : il suppose beaucoup de détermination, de constance, de lucidité pour déboucher sur de vrais résultats. C’est en assumant à notre façon ces valeurs trop souvent délaissées par la gauche que nous reconstruirons la valeur travail.

 

 

 

II.- Reconstruire la valeur travail

 

 

 

La bataille pour le plein emploi, la lutte contre la précarité, la dignité du métier et la sécurité du salaire sont au cœur du projet socialiste. Tout le reste en dépend. On sait que des parents en situation précaire, c’est toute une famille déstabilisée. On sait que l’insécurité du salaire et de l’emploi, c’est plus de difficultés pour transmettre à ses enfants le goût et le sens de l’effort scolaire. Tout se tient : emploi, sécurités, famille, école. Quand un maillon vient à manquer, c’est toute la chaîne qui est fragilisée.

 

 

 

La conviction profonde que nous portons, c’est que la motivation au travail et l’efficacité économique exigent des salariés bien formés et bien payés, respectés et protégés, assurés de la dignité de leur métier et de la sécurité de leur revenu,  et certainement pas l’inverse ! C’est cela défendre la valeur travail. Entre 1997 et 2002, nous avons fait beaucoup pour l’emploi et le travail. Demain, nous devrons reprendre et amplifier une action publique abandonnée par la droite qui se borne à afficher des statistiques trompeuses sur la baisse du chômage.

 

 

 

J’ai entendu, à l’Assemblée nationale, des députés de droite affirmer qu’à cause de la gauche et des 35 heures, les Français seraient fâchés avec le travail et les chômeurs confortablement installés dans leurs revenus d’assistance. Il n’en est rien !

 

 

 

Je voudrais rappeler ici à quel point ce sont la droite et les forces libérales qui détruisent la valeur du travail.

 

 

 

Qui trouve normal qu’on licencie pour doper le cours en Bourse des  actions ? C’est la droite !

Qui réduit la compétitivité à l’écrasement des salaires et qui réclame un SMIC au rabais ? C’est la droite !

Qui considère les hommes et les femmes au travail comme de simples variables d’ajustement ? C’est la droite !

Qui confond la modernité avec la brutalité du capitalisme du 19ème siècle ? C’est la droite !

Qui met sur Internet les emplois aux enchères et les adjuge à qui accepte le salaire le plus bas ? C’est la droite !

Qui trouve normal qu’un haut dirigeant gagne en une année ce qu’un salarié moyen ne gagnera jamais en toute sa vie ? C’est la droite !

Qui accepte que la France soit la lanterne rouge de la santé et de la sécurité au travail ? C’est la droite !

Qui proclame que la liberté s’arrête là où commence le Code du Travail ? C’est la droite !

 

 

 

Oui, c’est la droite qui précarise à tout va, à coups de CNE, de CDD, d’intérim et de temps partiel contraint, ce triste privilège subi massivement par les femmes.

C’est la droite qui ne laisse comme choix à beaucoup de jeunes que la galère ou l’expatriation.

C’est la droite qui fait exploser le nombre des travailleurs pauvres. Vous vous rendez compte de ce que signifie cette expression : « travailleurs pauvres » ? On travaille et pourtant on ne peut même pas vivre normalement, élever dignement ses enfants, parfois même se loger, quand on fait partie de ces « travailleurs pauvres » qui sont, à 80 %, des travailleuses pauvres.

C’est la droite qui écrase le pouvoir d’achat, laisse s’envoler les factures, le coût du logement et celui des transports, plongeant un nombre croissant de familles dans l’angoisse des fins de mois.

 

 

 

Voilà qui sont les vrais destructeurs du travail !

 

 

 

Ne nous laissons pas abuser : les Français ne sont pas fâchés avec la valeur du travail mais ils sont profondément insatisfaits des conditions dans lesquelles ils travaillent. Le manque de dialogue et l’impression de ne pas compter pour grand chose tout en devant donner beaucoup ruinent la motivation. La France doit sortir de l’archaïsme de ses relations sociales ! Nous sommes un pays très en retard dans ce domaine et, de tous les pays européens, celui où les salariés se disent les plus mécontents de leur vie au travail. J’ai vu en Suède un autre état d’esprit et des pratiques bien différentes grâce, en particulier, à un syndicalisme de masse : dans l’Europe du Nord, plus de  80% des salariés sont syndiqués contre seulement 8% en France. Il va falloir créer chez nous un syndicalisme de masse pour rétablir le rapport de forces, aujourd’hui totalement déséquilibré, entre les dirigeants et les salariés. C’est l’intérêt bien compris du pays car un syndicalisme de masse oblige à la négociation collective et à la prise en compte de l’intérêt général par les dirigeants des entreprises. C’est dans les pays où les taux de syndicalisation sont les plus élevés qu’il y a le moins de licenciements collectifs et qu’il est moins nécessaire de recourir à la grève pour être entendus. Il va falloir qu’en France nous développions, grâce à un dialogue social efficace et à la force des organisations syndicales, une capacité collective d’anticipation, d’orientation et d’accompagnement des mutations économiques qui ne laisse personne sur le bord du chemin. Oui, des entreprises qui fonctionnent bien, dans l’intérêt du pays et en respectant leur salariés, c’est possible en France aussi et nous le ferons !

 

 

 

Les Français ne veulent pas de cette société du précariat et de l’insécurité sociale. Ils en ont assez de devoir s’endetter pour boucler leurs fins de mois. Ils refusent que l’Etat, garant du pacte social, manque à ses devoirs de protection. Ils s’inquiètent des incertitudes qui pèsent sur l’avenir de leurs enfants. Quand le lien social se délite, c’est la Nation qui se fragilise.

 

 

 

La France ne veut plus de l’arrogance de gouvernement et du règne de l’argent-roi. Je veux construire avec vous la République du respect, tant attendue. Celle de l’égalité de traitement, pas des passe-droit et des privilèges. Celle  où l’Etat  fonctionne bien, efficace et adapté aux risques d’aujourd’hui. Celle qui conduira de vraies réformes parce qu’elles seront justes et élaborées démocratiquement.

 

 

 

III.- Bâtir l’Europe par la preuve

 

 

 

L’Europe doit se relever.

Quels qu’aient été nos votes lors du referendum sur le traité constitutionnel, nos raisons, s’agissant de l’Europe, étaient voisines : nous voulions, les uns et les autres, une Europe plus concrète, plus protectrice, plus citoyenne, plus sociale et plus politique.

 

 

 

De l’Europe que nous voulons à l’Europe telle qu’elle est, nous mesurons la distance et le travail qu’il reste à faire mais c’est le rôle de l’idéal que d’aider à transformer le réel.

 

 

 

La France a besoin d’une Europe qui pèse dans la mondialisation.

 

 

 

Si la France, à partir de 2007, est présidée à gauche, la tâche du Chef de l’Etat sera de s’impliquer activement pour la relance d’une Europe qui favorise la croissance et l’emploi, qui soit capable de se doter d’une véritable politique étrangère (on en mesure ces jours-ci la faiblesse), qui dispose d’un  budget permettant réellement de préparer l’avenir. Notre horizon, c’est l’Europe sociale, l’Europe politique et l’Europe de l’environnement.

 

 

 

Il n’est évidemment pas question, pour les socialistes, de soumettre à nouveau à la ratification un traité constitutionnel que le peuple français a rejeté. Notre projet prévoit de proposer l’élaboration d’un texte court, visant seulement à mieux organiser, démocratiser et responsabiliser les instances européennes. Il devra bien sûr, une fois négocié, être soumis à l’approbation du peuple.

 

 

 

Je vois, pour ma part, deux chantiers majeurs pour amorcer cette « Europe par la preuve » :  l’environnement et la recherche. On l’a vu encore cet été avec les dérèglements climatiques : comment peut-on continuer à accepter que l’Europe ne respecte pas ses obligations inscrites dans le protocole de Kyoto ? Comment ne pas voir que c’est en unissant nos compétences et nos forces que nous pourrons préparer le plus rapidement possible l’après-pétrole et le passage aux énergies renouvelables ?

Comment ne pas voir que, dans tous les pays européens, nous sommes confrontés aux mêmes problèmes de santé, souvent liés d’ailleurs à la dégradation de l’environnement ? Comment ne pas voir la crise avicole, les menaces sur la qualité et la sécurité alimentaires, les risques sanitaires qui en résultent ? Comment tolérer que, dans nos pays développés, une femme sur dix soit désormais frappée par le cancer du sein ? Et nous n’aurions pas la capacité, avec nos chercheurs et nos équipes de médecins, de mettre en commun nos moyens pour combattre les dangers qui pèsent sur notre environnement, pour faire reculer ces maladies souvent directement liées à la présence de pesticides dans l’alimentation ? Mais si, nous en avons la capacité ! Et c’est cela que les citoyens d’Europe attendent de leur dirigeants : des réponses concrètes, des solutions opérationnelles à des problèmes qui les touchent directement et que nous avons la responsabilité de traiter pour nos contemporains et pour les générations futures.

 

 

 

Personne ne pourra dire que l’on ne savait pas lorsque, dans cinquante ans, éclateront des guerres pour la maîtrise de l’accès à l’eau potable. Parce que nous savons, nous n’avons aucune excuse pour ne pas agir, notamment contre le réchauffement de la planète. Nous avons les intelligences techniques et le potentiel de recherche nécessaires. Nous pouvons changer nos comportements citoyens, produire autrement, nous déplacer autrement, habiter autrement et relever ce défi. Nous avons une responsabilité d’autant plus grande que l’Europe dispose de beaucoup de moyens scientifiques et que l’on sait à quel point le réchauffement climatique creuse encore les écarts et les inégalités entre les pays : ceux qui souffrent déjà de la chaleur et de la sécheresse vont souffrir encore davantage. Et si nous n’y prenons pas garde, ces problèmes d’environnement seront demain des menaces supplémentaires pour la sécurité du monde. Voilà à quoi doit répondre l’Europe et nous y répondrons. Car tout se tient là aussi.

 

 

 

IV.- Restaurer la crédibilité de la France dans le monde

 

 

 

Le monde actuel est instable et dangereux.

La fin de la guerre froide ne l’a pas pacifié.

La guerre du Liban et les menaces terroristes nous le rappellent.

La recrudescence des inégalités nourrit le ressentiment, les haines nationalistes et les fièvres identitaires attisent bien des brasiers.

Les guerres préventives aggravent les problèmes qu’elles prétendent traiter.

Il n’y a plus que Bush pour penser que le monde est plus sûr depuis l’occupation de l’Irak. Et le conflit au Liban vient de confirmer l’expérience d’une certaine impuissance de la force.

 

 

 

Dans ce monde-là, la France n’a pas le droit de jouer un rôle effacé.

Elle est membre permanent du Conseil de Sécurité.

Sa géographie et son histoire la mettent au contact de l’Afrique, de l’Asie et du Moyen-Orient, d’où viennent certes des menaces mais aussi de solides amitiés, des attentes fortes et un formidable potentiel de développement.

 

 

 

Dans ce monde-là, ni la peur ni le simplisme comme la théorie de « l’axe du Mal » ne sont bons conseillers. Raison de plus pour être réalistes mais créatifs, pour faire preuve de sang-froid et préférer le pouvoir de convaincre à l’étalage de l’arrogance. Regardons où sont les chances de notre pays, quels droits déniés nous pouvons utilement défendre, quelle contribution efficace nous pouvons apporter à la résolution de certains conflits. Ne nous résignons pas à une certaine impuissance de l’Europe qui, loin de renforcer la France, l’affaiblit mais assumons aussi, si nous voulons être crédibles, notre part de responsabilité.

 

 

 

La France doit le dire haut et fort : le premier facteur de déstabilisation du monde, c’est la misère, ce sont les inégalités qui se creusent, c’est l’humiliation de ceux qui sont bafoués ; c’est d’abord cela qui pousse à la violence et permet toutes les manipulations.

 

 

 

Pour être entendue, la France doit commencer par respecter ses obligations et mettre ses actes en conformité avec ses paroles. Or un classement international publié il y a huit jours place la France au 18ème rang sur 21 pays riches en matière d’aide au développement, ce qui constitue un recul. Est-ce que cela ne nous fait pas honte ? Si, cela nous fait honte. Non seulement l’aide que nous apportons aux pays pauvres est parmi les plus faibles mais elle va à des pays peu démocratiques et la France est qualifiée de particulièrement performante pour… la vente d’armes aux dictatures. Oui, cela nous fait honte et nous devrons le changer si nous voulons être crédibles.

 

 

 

Trop longtemps la politique étrangère et la politique d’aide au développement ont été confisquées par quelques experts. Il faudra de la transparence, il faudra débattre publiquement de ces questions car les Français ont le droit de savoir et de participer aux décisions qui les concernent. Quelle crédibilité peut avoir un pays démocratique pour négocier la régulation des flux migratoires qui résultent de la misère s’il ne remplit pas ses obligations en matière de co-développement ?

 

 

 

Voilà pourquoi il faudra revoir de fond en comble notre politique d’aide au développement et en débattre avec tous les Français car ces choix les concernent. Ils ont le droit de savoir où va cet argent, comment il est utilisé, avec quelles garanties contre les gaspillages, contre la corruption et contre le détournement des aides. Il faudra aussi cesser de plaquer sur les autres pays des modèles de développement dépassés dont nous ne voulons plus chez nous.  Pourquoi, par exemple, l’énergie solaire est-elle si peu utilisée au Sud ? Au nom de quoi imposer des modèles basés sur les énergies fossiles alors que ces pays pauvres ont une énergie gratuite ? Le co-développement doit respecter le potentiel de ces régions et associer directement les populations concernées, en s’appuyant en particulier sur les femmes qui, dans certains pays, accomplissent 90% du travail de la terre mais n’ont droit qu’à 5% des crédits bancaires. Comment peuvent-elles se débrouiller ? Il faudra favoriser les micro-crédits, les partenariats directs, les circuits courts et leur contrôle, pour que l’argent aille là où il est bien utilisé, là où il est utile pour construire des écoles, pour réaliser des adduction d’eau, pour doter les villages et les familles d’équipements comme les réchauds fonctionnant à l’énergie solaire qui permettent de faire reculer la déforestation qui aggrave la sécheresse et la pauvreté.

 

 

 

Oui, pour nous, à gauche, elle est là l’utopie réalisable de ce siècle : que les pays pauvres et notamment ceux d’Afrique sortent de la misère grâce à un co-développement mieux pensé, plus solidaire et plus efficace. C’est là que se situe la vraie réponse au problème des migrations de la misère. C’est là qu’il faut remettre de la morale universelle.

 

 

 

Or voyez ce que qu’organise le ministre de l’Intérieur : « l’immigration choisie ». Mais qu’est-ce que cela veut dire ? On irait piller les cerveaux des anciennes colonies françaises après avoir pillé pendant des années et des années leurs matières premières ? Ce n’est pas acceptable. L’intérêt de ces pays et le nôtre, c’est un co-développement fondé sur le respect de ce qu’ils sont, de leurs savoir faire, et sur le respect de nos obligations. C’est ainsi que nous pourrons négocier sereinement avec eux une politique de régulation des migrations internationales.

 

 

 

Enfin, pour réaliser ce que je viens d’esquisser dans quelques domaines, il nous faudra accomplir une révolution démocratique et mettre en place une nouvelle République.

 

 

 

V.- Révolution démocratique et nouvelle République

 

 

 

La République fonctionne mal, c’est l’évidence.

L’intérêt général s’efface dans la confusion et l’irresponsabilité des pouvoirs.

Le débat démocratique est confisqué (on vient encore d’en avoir un exemple avec la politique étrangère).

Les promesses électorales sont oubliées.

Le dialogue social est archaïque.

La décentralisation a été dévoyée.

Le sens de la plus élémentaire humanité est perdu dans des expulsions à grand spectacle.

Notre justice est ébranlée.

 

 

 

L’Etat perd sa crédibilité car le gouvernement actuel, tout à son agitation fébrile, n’a plus de boussole. Il fait adopter une nouvelle loi sur l’immigration deux ans après celle qu’il a déjà fait voter. Il décide, malgré sa promesse formelle au Parlement, la privatisation de Gaz de France. Il expulse des enfants qui veulent apprendre à l’école mais laisse filer la délinquance de masse sans s’attaquer à ses causes profondes.

 

 

 

Comment s’étonner que, dans ces conditions, le lien de confiance soit dramatiquement affaibli ? Toutes les élections et toutes les enquêtes d’opinion de ces dernières années délivrent obstinément le même message : les Français ne se sentent ni écoutés ni entendus ni compris. Ils ne sont pas devenus indifférents à la politique mais ils veulent une démocratie qui fonctionne mieux et avec eux, dans laquelle chacun se sente respecté.

 

 

 

Ce que je vous propose, c’est une véritable révolution démocratique pour construire ensemble la République du respect.

 

 

 

Le projet des socialistes propose aux Français une « nouvelle République » qui s’appuie à la fois :

 

 

 

 

 

  1. sur une démocratie représentative forte d’un Parlement qui fonctionne mieux et joue vraiment son rôle

     

  2. et sur une démocratie participative qui donne plus souvent et réellement la parole aux citoyens.

     

 

 

Cela passe par une plus juste représentation des Françaises et des Français dans la diversité de leurs origines sociales et géographiques, par le respect la parité, par le non-cumul des mandats, par un système où la responsabilité soit la règle (à commencer par celle du Chef de l’Etat) et où le Parlement ait un réel pouvoir d’impulsion et de contrôle du gouvernement. Cela suppose aussi que les parlementaires soient bien présents à l’Assemblée nationale, raison pour laquelle le non-cumul des mandats est nécessaire.

 

 

 

Cela passe aussi par une démocratie participative qui élargira la consultation des citoyens, leur pouvoir d’initiative et de décision, notamment par referendum d’initiative populaire et par ce referendum que nous organiserons, Arnaud l’a évoqué, pour mettre en place une grande réforme institutionnelle.

 

 

 

Je crois à la capacité d’expertise des citoyens. Certains se sont moqués de cette idée de « citoyens experts » mais je suis convaincue que chacun d’entre nous est le mieux à même de connaître et d’exprimer ses problèmes, ses attentes et ses espérances, sans pour autant se fermer au point de vue de l’autre. Si beaucoup de Français s’abstiennent, ce n’est pas de gaieté de cœur ou par indifférence, c’est parce qu’ils se sentent tenus à l’écart et n’ont plus le sentiment de pouvoir influer. Pour avoir envie de s’impliquer, il faut que la prise de parole ait des chances de peser. De plus en plus, nous ne reconnaissons de réelle légitimité qu’aux décisions auxquelles nous avons été associés.

 

 

 

C’est cela, la démocratie participative : écouter pour agir juste, construire ensemble de meilleures décisions et rendre des comptes. Plus les gens y seront associés, plus les réformes seront solides. C’est ainsi que le cap pourra être tenu. 

 

 

 

C’est un choix politique : celui de combattre le sentiment d’impuissance qui mine la démocratie et de partager plus largement les décisions pour améliorer l’action publique. Car nous avons tous soif de considération, soif de maîtrise personnelle de nos existences, soif d’efficacité collective et de résultats sans gaspillages ni lenteurs.

 

 

 

Des institutions de la République qui exercent la plénitude de leurs attributions avec l’aide de citoyens qui ne soient plus exclus d’une histoire qui est la leur : c’est cela aussi la juste autorité de l’Etat.

 

 

 

Ce que je vous propose, ce n’est pas une politique au rabais, sorte de gouvernance aseptisée réduite à la simple gestion à la marge du désordre des choses. C’est de mieux partager l’exercice du pouvoir pour que la France saisisse toutes ses chances en assumant cette « passion de l’égalité » qui est la sienne.

 

 

 

Ce que je vous propose, c’est une révolution démocratique fondée :

 

 

 

 

 

  1. sur l’intelligence collective des citoyens ;

     

  2. sur une vraie décentralisation qui identifie les responsabilités et rende l’Etat plus efficace ; « décentralisation », le mot a été bien usé et bien galvaudé mais nous le réhabiliterons en lui donnant tout son sens qui affirme l’intelligence des territoires ;

     

  3. sur une démocratie sociale dans l’entreprise qui permette, enfin, de moderniser les relations sociales.

     

 

 

 

 

 

 

Seul le respect créé la confiance. Et la confiance nourrit le désir d’avenir.

 

 

 

Cette révolution démocratique indispensable pour mener des réformes durables et pour atteindre les quelques objectifs dont je vous ai parlé, conduira-t-elle à une 6ème République ? Je vous propose d’y répondre en nous fondant sur ce principe de respect et sur cette politique par la preuve que j’ai évoqués tout à l’heure : faisons d’abord les choses et nommons-les ensuite. Quand nous aurons accompli cette révolution démocratique et cette réforme institutionnelle,  lorsque nous aurons tenu parole, alors nous saurons si nous sommes en train de créer une 6ème République. Je vous donne rendez-vous à ce moment-là pour savoir si nous avons réussi, car ce qui est important c’est une conception exigeante de la responsabilité de la fonction politique. Et aussi une manière plus transparente, plus simple, plus directe, d’exercer le pouvoir.

 

 

 

Le rôle d’un chef de l’Etat bien entouré, c’est de fixer un cap et de veiller à ce qu’il soit tenu. J’entends dire, çà et là, qu’il faudrait pour diriger la France une expérience que très peu possèderaient ici-bas. Il est vrai que l’expérience personnelle est importante mais elle ne suffit pas car ce qui compte, aujourd’hui plus qu’hier, c’est la capacité à mobiliser l’expérience collective, à mobiliser toutes les volontés et tous les talents d’un pays qui puise sa force dans sa diversité, à mobiliser, au delà, tous ceux qui veulent tout simplement que ça change.

 

 

 

Nous verrons bien ce que seront les prochaines échéances.

Nous respecterons les calendriers.

Mais à vous voir si nombreux rassemblés, je me sens la possibilité de vous dire certaines choses.

 

 

 

Si je suis en situation, je vous fais la promesse que la valeur travail sera reconstruite et avec elle, car tout se tient, la famille consolidée et l’égalité éducative mieux assurée à l’école.

 

 

 

Si je suis en situation, nous pourrons dire à tous les enfants de ce pays qu’il faut travailler dur car l’effort sera récompensé et le pacte social assuré. Aujourd’hui, c’est le pacte social qui est rompu quand un jeune, notamment dans les quartiers populaires, se retrouve au chômage malgré ses efforts scolaires et ses diplômes. C’est le pacte social qui est rompu quand on essaye d’imposer à toute une génération le CPE et son droit de licencier sans motif pendant deux ans. C’est le pacte social qui est rompu quand les filles sont embauchées, à diplôme égal, à un salaire inférieur à celui des garçons. Si je suis en situation, nous tiendrons la promesse d’un pacte social qui est la condition de la crédibilité de la parole politique et, plus largement, de la fiabilité de la parole des adultes à l’égard des jeunes générations.

 

 

 

Si je suis en situation, la France deviendra le pays de l’excellence environnementale en entraînant toute l’Europe et, en 2008, nous pourrons être fiers du bilan de la présidence française.

 

 

 

Si je suis en situation, la France aura une parole qui porte dans le monde parce que notre pays assumera de manière exemplaire ses devoirs envers les pays pauvres. La crédibilité de notre parole sera restaurée car nos actes correspondront enfin à nos discours, ce qui nous permettra en particulier de traiter efficacement et dignement les problèmes des migrations internationales.

 

 

 

Si je suis en situation, je dis à tous les jeunes de notre pays, et en particulier à ceux auxquels la société ferme aujourd’hui ses portes, que demain la France leur ouvrira ses bras car elle a besoin d’eux et de toutes les forces de sa jeunesse. Je leur dis aussi que toutes les formes de talents seront reconnues.

 

 

 

Si je suis en situation, les femmes sauront que leur temps est venu. Pour des raisons d’égalité et de justice mais aussi, j’en suis convaincue, pour le plus grand bonheur des hommes qui sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à s’en rendre compte.

 

 

 

Oui, nous avons envie de voir en 2007 la France se relever et concrétiser ce désir de changement et d’avenir que nous voyons monter dans le pays comme ici à Frangy.

 

 

 

Gagner puis faire réussir la France, c’est un devoir, c’est même une obligation morale. Pas pour nous mais pour elle. Parce que notre pays ne résistera pas  longtemps à la spirale descendante et à la brutalité sociale dans lesquelles la droite l’entraîne depuis bientôt cinq ans.

 

 

 

Notre responsabilité est aussi de tirer la campagne électorale vers le haut, de poser les vrais problèmes, de mener les vrais débats et de respecter les électeurs pour mériter leur confiance. Cette confiance, cette victoire, nous devons patiemment les construire car rien n’est gagné d’avance.  La bataille sera rude mais exaltante. Je lance ici à Frangy un appel au rassemblement de toutes celles et tous ceux qui veulent que ça change enfin et que la France se redresse.

 

 

Avec vous, j’ai confiance.

 

 

 

samedi, 17 juin 2006

SEGOLENE ROYAL sur RTL

Jean-Michel Apathie
Bonjour, Ségolène Royal.

Ségolène Royal
Bonjour.

Jean-Michel Apathie

Le Parti Socialiste a adopté hier soir son projet en vue de l’élection présidentielle de 2007. Les militants socialistes vont maintenant en débattre et ils le voteront le 22 juin. Allez-vous, à partir d’aujourd’hui, Ségolène Royal, conformer point par point votre expression publique à ce qui est contenu dans ce projet ou allez-vous conserver votre liberté de parole ?

Ségolène Royal
D’abord, de quoi s’agit-il ? Il s’agit de préparer l’alternance. Les Français ont envie qu’une page se tourne. Ils voient que le pays est dans une grave crise morale, économique, sociale, que toutes les solidarités sont en train d’être délitées par ce gouvernement de droite et ils ont envie de croire à nouveau dans l’avenir. La responsabilité des socialistes, c’est d’abord de se rassembler, c’est ensuite d’être capables de rassembler la gauche et de rassembler aussi une majorité dans ce pays pour gagner les prochaines échéances présidentielles. C’est d’être crédibles dans ce qu’ils disent et d’incarner vraiment un changement. C’est ce que les socialistes ont fait.

Jean-Michel Apathie

Ce projet, allez-vous vous y conformer ou allez-vous garder votre liberté  parole ?

Ségolène Royal

Mais ce n’est pas un problème personnel, je fais partie…

Jean-Michel Apathie

Ma question s’adresse à vous : votre liberté de parole a beaucoup été entendue ces derniers jours, allez-vous la conserver ?

Ségolène Royal

Oui et heureusement. Je conserve ma liberté de parole comme tous les socialistes conservent la leur puisqu’aujourd’hui, le projet va retourner dans les territoires pour que les socialistes s’en emparent et continuent à l’améliorer. Bien évidemment, ce projet sera celui de tout candidat à l’élection présidentielle. C’est pour cela qu’il a été fait. C’est l’aboutissement d’un long cheminement, des Etats-Généraux, des savoir-faire des élus sur les territoires, des contributions de tous ceux qui ont pris la parole au fil de son élaboration. La commission du projet a été présidée hier avec doigté et talent par François Hollande. Je crois que c’est grâce à ça – il fallait le dire – que les travaux se sont très bien déroulés. Aujourd’hui, ce projet engage tous les socialistes…

Jean-Michel Apathie

Y compris vous, on va regarder ça dans le détail avec Alain Duhamel.

Alain Duhamel

Vos propos sur la fermeté face à la délinquance ont fait beaucoup de bruit. Il y a une mesure phare que vous avez proposée – l’encadrement militaire d’actions humanitaires ou de formation professionnelle pour des adolescents primo-délinquants – et que le projet ne retient pas. Alors, votre fameuse proposition, vous la maintenez ou vous l’enterrez ?

Ségolène Royal

D’abord, je n’ai jamais proposé que les militaires interviennent dans des centres fermés.

Alain Duhamel

Non, je n’ai pas dit ça.

Ségolène Royal

Ce qui été explicitement écarté, c’est l’intervention de militaires dans des centres fermés, c’est à dire des centres à l’américaine dont tout le monde connaît l’échec et, bien sûr, cela ne me gêne aucunement. Ce qui m’importe, c’est que tout le monde sache et que tous les jeunes puissent se dire que, dans ce pays, les socialistes feront tout ce qui est en leur pouvoir – vous m’entendez, Monsieur Duhamel : tout ce qui est en leur pouvoir – pour que les jeunes ne finissent pas en prison. Il y a aujourd’hui des générations sacrifiées. A la sortie de prison, deux jeunes sur trois récidivent, c’est à dire que, quand on entre en prison, on en sort plus délinquant qu’avant. Quelle est la logique de la droite ? C’est de construire de plus en plus de places de prison ! Eh bien, la politique de gauche, c’est de refuser cette fatalité, c’est d’enrayer cette machine à fabriquer de la délinquance de masse que Monsieur Sarkozy a créée puisque c’est quand même lui qui est aux responsabilités. Or on voit que non seulement la délinquance augmente, puisqu’il y a deux fois plus de voitures brûlées cette année que l’année dernière, mais aussi que les atteintes aux personnes ont augmenté de 20%. Je dis que ce n’est pas une fatalité. Je dis que ceux qui souffrent de l’insécurité sont les plus fragiles et les plus modestes, ceux qui sont dans les quartiers les plus en difficulté. Laissez-moi terminer avec cette question qui est très importante. Monsieur Duhamel, vous conviendrez avec moi que, pour enrayer cette délinquance de masse, il faut intervenir le plus en amont possible, c’est à dire qu’il faut d’abord que les institutions fonctionnent bien, là où elles sont. Il faut donc notamment que la famille et les parents fonctionnent bien, qu’on repère les parents qui sont en difficulté. La possibilité de mettre sous tutelle les allocations familiales a été retenue par le projet socialiste, elle ne l’était pas au départ. C’est un élément que j’ai plaidé en expliquant bien que c’est différent de ce que fait la droite puisque la droite supprime les allocations familiales, c’est à dire qu’elle enfonce les familles. La logique de la gauche n’est pas d’enfoncer les gens mais au contraire d’intervenir au bon moment et de les tirer vers le haut, de les remettre au besoin dans le droit chemin.

Alain Duhamel

En ce qui concerne l’encadrement militaire…

Jean-Michel Apathie

C’est une expression que vous avez employée la semaine dernière.

Ségolène Royal

C’est une expression que j’emploie et que j’assume. Le Parti Socialiste a écarté, je le répète, les centres fermés encadrés par des militaires que je n’ai jamais proposés. Le Parti Socialiste propose des alternatives à la prison c’est à dire que tout doit être fait pour éviter la prison. Le mot « militaire » ne figure pas dans le projet…

Jean-Michel Apathie

Vous le regrettez ?

Alain Duhamel
Vous y renoncez ou pas ?

Ségolène Royal

Je crois que, si nous arrivons aux responsabilités, nous devons être dans une démarche de politique par la preuve. On doit tout essayer et les socialistes ne doivent pas rester enfermés dans des formules ou avoir peur d’un certain nombre de symboles. Les gens sont intelligents. Ce qui compte, c’est de mobiliser les intelligences collectives et de mettre en place des projets qui ont fait leurs preuves dans les territoires. Ce n’est pas la peine d’aller se focaliser sur un mot qui a peut-être surpris à cause de ce à quoi peut être associé le mot « militaire ». Mais je le redis ici : parfois, il faut quand même évoluer. Au nom de quoi, dans une République, les professions revêtues d’un uniforme – les militaires, les gendarmes, les pompiers – seraient-elles considérées comme devant rester en marge de l’effort collectif de toute une société qui a envie de faire réussir ses jeunes ? C’est un chantier national majeur, un chantier de tout premier plan. Laissez-moi vous le dire : l’avenir que l’on réserve aux jeunes, la façon dont on leur redonne une chance pour qu’ils ne tombent pas en chemin et dont on les remet debout au bon moment et au bon endroit, c’est cela l’important. Les internats scolaires ont été retenus. Le soutien individualisé à l’école, que j’avais proposé, a été retenu. Le renforcement des adultes dans les collèges a été retenu…

Alain Duhamel

Donc, vous êtes contente.

Ségolène Royal

Donc je suis contente.

Alain Duhamel

Alors, en un mot, est-ce que vous êtes favorable ou pas à l’idée d’abaisser l’âge de la majorité pénale pour les adolescents délinquants et, cette fois-ci, multirécidivistes ? Ceux que les policiers arrêtent le soir et qu’on retrouve dans la rue le lendemain matin ?

Ségolène Royal

Ecoutez, Monsieur Duhamel, moi, je crois qu’on en a assez de ces lois pénales qui changent tout le temps, qui déstabilisent la magistrature, cette magistrature qui ne sait plus où elle en est et qui a d’abord besoin de moyens pour fonctionner. Je pense que la révolution à accomplir dans le domaine de la justice, c’est de donner les moyens de bien fonctionner aux tribunaux. Quand vous pensez qu’il y a des milliers de dossiers en attente concernant les mineurs, que, lorsqu’un juge des enfants prononce une décision de placement d’un mineur, il faut attendre 8 mois, 9 mois, parfois un an parce qu’on manque de places d’accueil et de moyens d’encadrement dans des lieux éducatifs pour les mineurs… C’est la grande misère de la justice des mineurs qui explique le dysfonctionnement judiciaire et désespère les policiers. Parce que, quand les policiers font des interpellations et que, derrière, la machine judiciaire ne fonctionne pas, tout le monde est découragé.

Alain Duhamel

Alors, on ne touche pas à l’âge de la majorité pénale ?

Ségolène Royal

Non, on ne touche pas à l’âge de la majorité pénale mais on remet à niveau les services publics pour qu’ils fonctionnent bien. Je pense d’ailleurs qu’une des pistes pour réformer les services publics, c’est de pousser jusqu’au bout la décentralisation dans certains domaines. Moi, je suis par exemple favorable à la régionalisation de l’entretien et de la construction des prisons, de l’entretien et de la construction des tribunaux : je parle ici uniquement des bâtiments car ce que les Régions ont réussi avec les lycées, elles peuvent très bien le réussir pour un certain nombre de services publics, à condition que l’Etat leur transfère les ressources fiscales nationales nécessaires.

Jean-Michel Apathie

Votre projet n’est pas chiffré, Ségolène Royal. Il a été adopté hier mais il sera chiffré plus tard. Laurent Fabius disait qu’il réclamait des moyens importants : la formule vous convient-elle ? Faut-il des moyens importants pour appliquer le projet que vous avez adopté ?

Ségolène Royal

Il faut les moyens nécessaires pour appliquer les décisions…

Jean-Michel Apathie

Importants ?

Ségolène Royal
Importants, sans doute, oui.

Jean-Michel Apathie

Laurent Fabius disait : il faudra revenir sur les 20 milliards d’exonération de charges dont les entreprises ont bénéficié depuis 2002.

Ségolène Royal

Il y a dans le projet la remise à plat des exonérations qui ne semblent pas justes ou pas efficaces sur le plan économique. Donc il y aura des réformes fiscales mais on ne va pas rentrer ici dans le détail du financement puisque comme vous venez de…

Jean-Michel Apathie

Dans le détail, non, mais est-ce que les impôts et la fiscalité vont devoir augmenter pour financer votre projet ?

Ségolène Royal

Nous verrons, Monsieur Apathie.

Jean-Michel Apathie

« Nous verrons », c’est : oui ?

Ségolène Royal

Nous verrons, puisque ce qui a été décidé hier c’est que le chiffrage du financement commence à l’issue de l’adoption du projet. Toutes ces questions seront donc remises à plat.

Jean-Michel Apathie

L’idée que la fiscalité doive augmenter…

Ségolène Royal
Je n’entrerai pas, Monsieur Apathie, dans un certain…

Jean-Michel Apathie

Pourquoi ?

Ségolène Royal

Parce que c’est la décision qui a été prise hier.

Jean-Michel Apathie

C’est difficile de dire que les impôts vont augmenter pour financer le projet ?

Ségolène Royal

Non. Mais le problème, ce n’est pas l’augmentation des impôts c’est la clarification de l’impôt. Le prélèvement fiscal doit d’abord être compris par les citoyens, c’est un objectif de la réforme. Il doit être transparent. Il doit être juste. Et il doit être efficace sur le plan économique.

Jean-Michel Apathie

Si, au bout du chemin, il y a augmentation de l’impôt, il faut l’assumer.

Ségolène Royal

En plus, Monsieur Apathie, on ne jette pas comme ça en pâture le principe de l’augmentation de l’impôt. Ce n’est pas comme ça qu’on prépare un projet de société. L’impôt est au service d’un objectif, il n’est pas abstrait, il ne se limite pas à « on augmente ou on baisse ». Ce n’est pas un argument politique. La politique, c’est d’utiliser les outils au service d’objectifs. Quels sont les objectif dans ce projet ? C’est la lutte contre le chômage, c’est de diviser par deux le taux de chômage, c’est de revenir en dessous des 5%…

Jean-Michel Apathie

Vous le chiffrerez quand, le projet ?

Ségolène Royal

Attendez, laissez-moi terminer ma phrase. Ramener le taux de chômage en dessous de 5%, d’autres pays y sont parvenus. Il n’y a pas de raison que nous n’y parvenions pas. Parmi les outils économiques ou sociaux pour parvenir à la baisse du chômage, il y a l’outil de la fiscalité. L’outil de la fiscalité sur l’environnement. L’outil de la fiscalité dans la décentralisation, qui sera une réforme très importante à faire en transférant aux collectivités les moyens d’exercer leurs responsabilités parce que c’est une source d’économie. Il y a aussi la lutte contre les gaspillages. Et il y a, enfin, l’impôt par rapport à l’efficacité économique et l’impôt par rapport à la justice sociale.

Alain Duhamel

Alors uniquement sur le principe, cette fois-ci : à propos des retraites, il y a à gauche beaucoup de gens qui souhaiteraient qu’on revienne à 37 années et demie de cotisations. D’autres, au Parti Socialiste, disent : il y a 40 ans et on va voir comment on gère leur financement. D’autres aussi redoutent d’être obligés, comme ça se fait dans beaucoup d’autres pays européens, y compris dirigés par la gauche, d’élever progressivement le nombre d’années de cotisations de retraite. Je ne vous demande pas une réponse technique mais vous, sur le principe, comment évaluez-vous les choses ?

Ségolène Royal

D’abord, si la gauche revient aux responsabilités, elle fera moins de lois et davantage de concertation, de consultations et de négociations avec les organisations syndicales. Sur cette questions-là, les organisations syndicales ont beaucoup travaillé. J’ai rencontré encore récemment Monsieur Chérèque. J’ai écouté d’autres responsables syndicaux. Il faut avoir une approche fine de ces questions, pas une réponse brutale et globale. Deux critères doivent rentrer en ligne de compte dans la réforme de la loi faite par la droite sur les retraites, qui, je le dis au passage, crée beaucoup d’inégalités. Je suis intervenue lors du débat à l’Assemblée nationale pour souligner en particulier les reculs en termes de protection des femmes.

Alain Duhamel

Des femmes, oui.

Ségolène Royal

L’allongement de la durée des cotisations pénalise très fortement les femmes dont les périodes de travail ont été interrompues à cause de l’éducation des enfants ou minorées à cause du travail à temps partiel forcé, c’est à dire souvent les catégories les moins qualifiées. Il faudra donc traquer l’ensemble des inégalités et des injustices créées par cette loi. J’ajoute que la question des retraites pose aussi celle du pouvoir d’achat des petits retraités. Vous savez, je suis parlementaire et, dans ma circonscription, je vois de plus en plus de personnes qui vivent des petites retraites issues de leur travail – et je ne parle même pas des personnes âgées au minimum vieillesse – et qui ne font qu’un repas par jour. Parce que je vais vous dire : avec l’augmentation du coût de l’énergie donc du chauffage, eh bien les petits retraités sont obligés, pour pouvoir se chauffer, de moins s’alimenter. Quand on voit, dans une société comme la France, cette paupérisation des petits retraités, on se dit que le dispositif n’est pas juste. En fait, sur la réforme des retraites et pour calculer la durée des cotisations, il faudra en tenir compte et ne pas imposer à tout le monde la même règle. Parce que si vous imposez à tout le monde la même règle, vous commettez des injustices. Il faut tenir compte de la pénibilité des tâches et de l’espérance de vie. Si on tient compte de ces deux critères, on peut adapter intelligemment la durée des cotisations pour être juste. Mais ce travail devra se faire en négociation avec les organisations syndicales parce que, comme je l’ai dit tout à l’heure, gouverner aujourd’hui un pays moderne, c’est s’appuyer sur les intelligences collectives, sur les gens qui sont tous les jours au contact des problèmes, soit qu’ils les vivent, soit qu’ils y réfléchissent. Les dirigeants n’ont pas la science infuse mais s’ils prennent un peu de temps pour faire confiance à leurs interlocuteurs et réfléchir avec eux, alors ils sont collectivement intelligents.

Jean-Michel Apathie

Vous avez expliqué, Ségolène Royal, dans le deuxième chapitre de votre livre, que les 35 heures, la grande réforme du gouvernement Jospin, avait abouti à une « dégradation de la situation des plus fragiles ». Daniel Vaillant et Jean Glavany, qui ont siégé avec vous dans le gouvernement de Lionel Jospin, disent : mais quand elle était au gouvernement, elle ne l’a jamais dit. Alors pourquoi ne l’avez-vous pas dit avant ?

Ségolène Royal

Ce n’est pas d’aujourd’hui que j’ai pris conscience qu’au bas de l’échelle salariale, les ouvriers, les employés, les femmes en particulier ou les moins qualifiés ont, eux, été durement touchés par la réorganisation que certaines entreprises ont fait peser sur ces salariés. Lorsque le rapport de forces syndical n’a pas permis de négocier correctement le passage aux 35 heures, ils ont subi…

Jean-Michel Apathie

Mais cette prise de conscience, elle date de quand ?

Ségolène Royal

Elle date de la fameuse campagne des élections législatives où on a bien vu ce qui se passait…

Jean-Michel Apathie

De 2002 ?

Ségolène Royal

Moi, je suis parlementaire. Je vais vous dire…

Jean-Michel Apathie

Mais, quand vous étiez au gouvernement, vous n’en aviez pas conscience ?

Ségolène Royal
Mais si.

Jean-Michel Apathie

Et vous ne le disiez pas ?

Ségolène Royal

Mais si, bien sûr…

Jean-Michel Apathie

Vous l’avez dit, vous ?

Ségolène Royal

Oui, bien sûr, je l’ai dit sur les 35 heures…

Jean-Michel Apathie

A Lionel Jospin ?

Ségolène Royal
Oui, je l’ai dit à Lionel Jospin. Pas sur cette partie-là de l’application des 35 heures mais sur leur instauration dans les services publics et notamment dans les services publics hospitaliers, dans ceux de la petite enfance et de l’accueil des personnes handicapées. Je me souviens très bien…

Jean-Michel Apathie

Et il ne vous a pas entendue ?

Ségolène Royal

Si, puisque suite à une réunion de ministres concernant le passage aux 35 heures dans les services publics, alors qu’aucun poste ne devait être créé en accompagnement de la réduction du temps de travail (il devait simplement y avoir un gain d’organisation et de productivité), et suite à un débat dont je vais vous donner le contenu, un certain nombre de créations d’emplois ont été décidées. Sauf que ces créations d’emplois ont en lieu en décalage avec le passage aux 35 heures et que ça a donc causé beaucoup de problèmes. Je me souviens très bien d’avoir donné à Lionel Jospin, qui en a d’ailleurs été convaincu, cet exemple très concret : dans les structures d’accueil des personnes en situation de handicap, en particulier dans certaines structures privées où la réorganisation avait été faite de façon un peu brutale, le passage aux 35 heures qui n’avait pas été accompagné de créations d’emplois aboutissait à ce qu’il n’y ait plus suffisamment de personnel pendant les week-ends. Eh bien, pendant tout le week-end, les personnes handicapées restaient dans leur fauteuil équipé pour faire sous elles ! Je dis les choses telles que je les ai dites au cours d’un Conseil des Ministres. J’ai dit qu’il n’était pas possible qu’on accepte des choses comme ça. Pareil pour les enfants : les structures d’accueil de la petite enfance ont renvoyé le week-end des enfants dans des familles maltraitantes parce qu’il n’y avait plus de personnel pour s’occuper d’eux. J’ai cité en Conseil des Ministres ces deux exemples et à ce moment-là, le Premier Ministre a dit : elle a raison, nous allons donc créer des postes dans les structures d’accueil sociales.
En ce qui concerne la dégradation des conditions de travail de certains salariés en liaison avec les 35 heures, pendant cette fameuse campagne des élections législatives de 2002 où on a compris qu’il n’y avait pas seulement une dégradation du niveau de salaire mais aussi une dégradation des conditions de vie au travail, j’y ai été confrontée parce que, dans ma circonscription, j’ai un abattoir. Les ouvriers sont venus me voir et m’ont dit : depuis le passage aux 35 heures, savez-vous ce qui se passe ? Eh bien, on a augmenté de 50% le nombre d’animaux qui arrivent sur la chaîne, c’est à dire qu’au lieu d’abattre, par exemple, 100 porcs à l’heure, on en a 150 à abattre par heure. Et quand on sort de notre travail, on est tellement épuisés qu’une fois chez soi, on n’a même plus la force d’embrasser nos enfants. Et en plus, il y a des coupures qui interviennent en milieu de journée, c’est à dire que la récupération des horaires se faisait au hasard de la charge de travail dans l’entreprise. Même chose que pour les caissières dans les super-marchés. Monsieur Apathie, ce que je voudrais vous dire c’est qu’hier, au sein de la commission du projet, personne n’a contesté cela.

Jean-Michel Apathie
Même Martine Aubry ?

Ségolène Royal

Même Martine Aubry ne l’a pas contesté. Je pense que c’est une bonne chose parce que, si on veut, en France, régler avec fermeté les problèmes des gens qui souffrent, si l’on veut remettre un ordre juste, un ordre social juste, alors il faut avoir le courage de regarder les problèmes en face. Dire cela, ce n’est pas remettre en cause la totalité d’une réforme. Car la réforme des 35 heures constitue un progrès social. Diminuer le temps de travail pour avoir plus de temps pour ses loisirs, pour sa famille, c’est un progrès. Mais il faut piloter les réformes et rectifier les choses au besoin. Ce n’est pas un constat d’échec, au contraire, mais il faut améliorer les choses et les piloter en restant à l’écoute des gens.

Alain Duhamel

Au sein du Parti Socialiste, parmi les dirigeants en tout cas, beaucoup vous reprochent de « jouer personnel » et de diviser le Parti, on l’a beaucoup entendu, vous l’avez beaucoup entendu ces jours-ci. Est-ce que c’est un reproche que vous assumez, un risque que vous prenez, ou quelque chose que vous trouvez injuste ?

Ségolène Royal

Ecoutez, Monsieur Duhamel, j’entends beaucoup de critiques, en effet, parmi certains responsables qui font beaucoup de bruit mais qui sont assez peu nombreux, au demeurant, alors qu’à la base, je ressens un très fort soutien. Donc, cherchez l’erreur, Monsieur Duhamel.

Jean-Michel Apathie

Seriez-vous prête, s’il était candidat, à vous effacer devant Lionel Jospin ?

Ségolène Royal

Je suis parfaitement sereine par rapport à cette question.

Jean-Michel Apathie

Donc vous allez répondre sereinement.

Ségolène Royal

Eh bien, je le répète :  c’est celui ou celle qui sera le mieux placé pour battre la droite qui sera le candidat des socialistes.

Jean-Michel Apathie
Si Lionel Jospin est candidat, qu’est-ce que vous faites ?

Ségolène Royal

S’il est le mieux placé pour battre la droite, je le soutiens, ça ne me pose aucun problème. En plus, je vais vous dire…

Jean-Michel Apathie

Mais irez-vous jusqu’au bout ? Posons la question autrement pour essayer d’avoir une réponse claire pour nos auditeurs : pouvez-vous dire ce matin, Ségolène Royal, que vous irez jusqu’au bout devant le vote des militants ?

Ségolène Royal

J’irai jusqu’au bout si je suis la mieux placée, Monsieur Apathie.

Jean-Michel Apathie

Si Lionel Jospin est candidat, il est possible que vous vous retiriez ?

Ségolène Royal

Si Lionel Jospin est le mieux placé pour battre la droite, je le soutiendrai, comme tout autre candidat.

Jean-Michel Apathie

Il est possible que vous vous retiriez devant Lionel Jospin s’il est candidat ? C’est une possibilité ?

Ségolène Royal

Je me retirerai devant tout candidat mieux placé que moi.

Jean-Michel Apathie

Ce n’est pas de la langue de bois. C’est clair comme ça.

Ségolène Royal
C’est clair mais je l’ai toujours dit. Je vais vous dire aussi quelque chose par rapport à tout ce que j’entends. Moi, j’ai une relation de respect par rapport à Lionel Jospin. J’ai été Ministre dans son gouvernement, j’y ai été très heureuse, j’ai pu faire les réformes que je voulais faire et j’ai donc du respect pour lui. Je pense que, de toute façon, il aura un rôle éminent à jouer dans cette campagne et que, pour battre la droite, il faudra que nous soyons tous rassemblés.

Jean-Michel Apathie

Vous le voyez ? Vous l’avez vu récemment ?

Ségolène Royal
Cela ne vous regarde pas.

Jean-Michel Apathie

C’est la question que je pose et j’ai le droit de la poser.

Ségolène Royal

Oui mais moi, j’ai le droit de vous répondre que cela ne vous regarde pas.

Alain Duhamel

Je vais en poser une autre : François Hollande, comme Premier Secrétaire du Parti Socialiste, avait fixé une règle qui était, en gros : jusqu’aux vacances, on s’occupe du projet et on ne mène pas de campagne présidentielle personnelle, et après les vacances, à ce moment-là, il y a un processus de désignation et les différents candidats s’affrontent. Vous, vous avez été exceptionnellement active, présente… Et efficace, d’ailleurs.

Ségolène Royal

Grâce aux journalistes d’ailleurs, Monsieur Duhamel, grâce à vous.

Alain Duhamel

En particulier, bien entendu, grâce aux medias. Le résultat est que la règle fixée par François Hollande n’a pas été respectée. Alors, est-ce que vous n’avez pas construit votre record de popularité sur un record d’indiscipline ?

Ségolène Royal

Je ne le crois pas. Je pense qu’une organisation a des règles, que ces règles doivent être respectées et que je les respecte. La première règle à respecter, dans une organisation, c’est justement le respect. Si demain on veut construire la République du respect, ce dont les gens ont envie, ce dont les jeunes ont envie – « respect », c’est le mot qui revient le plus dans le rap ou le slam -, si l’on pense, comme moi, qu’il est temps de construire cette République du respect par rapport au système de divisions qu’incarne la droite, je crois qu’il faut commencer par se respecter les uns les autres. Vous l’avez entendu : je suis sans doute une des rares responsables socialistes à ne jamais dire du mal d’autres socialistes. Cette règle-là, je me l’impose. En revanche, en tant que responsable socialiste, en tant que Présidente de Région, en tant qu’animatrice d’un certain nombre de réunions, je me suis dit à un moment où beaucoup de gens m’écrivaient qu’il fallait un lieu où cette parole soit accueillie, où je mette les gens en contact les uns avec les autres pour qu’ils puissent discuter. Moi, je crois beaucoup à la démocratie participative, à l’intelligence collective comme je vous l’ai dit et je n’allais donc pas fermer mes oreilles à ce que les gens m’écrivaient et me taire face à ce qu’ils me disaient. Non. Je pense que ma responsabilité de femme politique c’est d’avoir un lieu – d’où le site « désirs d’avenir » - où ils peuvent se parler les uns aux autres. Ca leur appartient. Je pense que toute cette intelligence collective, cette joie de discuter, ces comités désirs d’avenir qui se mettent partout en place, eh bien, c’est formidable !

Jean-Michel Apathie

Ségolène Royal, qui ne répond pas aux questions qui ne nous regardent pas, était l’invitée exceptionnelle de RTL ce matin. Bonne journée.

vendredi, 02 juin 2006

LES 4 VERITES de Ségolène ROYAL

FRANCE 2
LES 4 VERITES – Le 02/06/2006 – 07 :41
Invitée : Ségolène ROYAL
 
 
Françoise LABORDE
Avec Ségolène ROYAL, nous allons revenir sur ce que la presse appelle ce matin « le coup d’éclat de Ségolène ROYAL ». Ségolène ROYAL dont on disait : « on attend ses idées, on attend ses propositions », alors elle en a fait quelques unes qui font beaucoup, beaucoup de bruit. J’ai envie de vous demander tout de suite (merci d’être avec nous ce matin) pourquoi vous vous placez sur le terrain de Nicolas SARKOZY ?
Ségolène ROYAL
Mais je ne me place pas sur le terrain de Nicolas SARKOZY ! Je me place sur le terrain des gens qui souffrent. Etre socialiste, c’est d’abord répondre aux problèmes des gens qui souffrent. Où sont les deux principales souffrances aujourd'hui ? C’est le chômage et la précarité et c’est la question de l’insécurité et des violences. D’ailleurs, souvent, les deux sont liés car lorsque des parents sont en situation de précarité, n’ont pas un salaire régulier, n’ont pas un travail régulier, ils ont du mal à assurer leurs responsabilités de parents. Et les enfants n’ont pas envie de travailler à l’école puisqu’ils voient que, même quand les grands frères ou les grandes sœurs ont passé le baccalauréat, ils sont au chômage, alors ils ont un doute sur le sens de l’effort scolaire. Donc tout se tient, c’est la sécurité au travail qui apporte aussi la sécurité dans la famille et qui apporte la sécurité dans le comportement à l’école.
Françoise LABORDE
Mais les mesures, on va revenir sur les différentes mesures que vous avez préconisées hier, est-ce que ce n’est pas une façon quand même de copier, si ce n’est SARKOZY, du moins la droite et est-ce qu’il n’y a pas un moment où on se dit : mais après tout la droite, elle fera toujours mieux que la gauche en matière de sécurité ?
Ségolène ROYAL
Au contraire, je pense que c’est par rapport à un constat de faillite de la politique de Nicolas SARKOZY que la gauche fait des propositions nouvelles. Qu’est-ce qu’il y a dans le projet socialiste ? Il y a l’égalité devant la sécurité et il y a l’accès à l’emploi. Il faut donc trouver des mesures nouvelles en restant fidèle à nos valeurs. Aujourd'hui pourquoi y a-t-il une faillite de SARKOZY, du Ministre de l’Intérieur ? D’abord parce que les chiffres sont là. Il y a eu cette année 45 000 voitures brûlées, c'est-à-dire le double de l’année précédente. En quatre ans, il y a 20 % d’augmentation des agressions contre les personnes. La deuxième faillite, c’est la situation dans les cités où on sait que la situation est extrêmement tendue.
Françoise LABORDE
Les émeutes, ça ne s’est pas vraiment arrangé.
Ségolène ROYAL
Hier, en rencontrant les maires de ces villes, je peux vous dire que leur inquiétude est extrêmement forte. Et enfin parce qu’on n’a pas la République du respect que j’appelle de mes vœux. Il y a une politique de mépris qui cherche à enfoncer les jeunes. Certains même pensent, parmi les élus ou les habitants des quartiers, que cette situation serait entretenue parce qu’elle pourrait être utile au cours d’une campagne électorale, si en effet les émeutes reprenaient dans les banlieues. Donc, rien n’est traité. La politique des socialistes, c’est de faire en sorte que chaque institution fonctionne là où elle est, au bon moment. Si la famille fonctionne bien, si l’école fonctionne bien, si l’emploi fonctionne bien, alors nous réussirons à tarir ce qui aujourd'hui alimente la délinquance de masse.
Françoise LABORDE
Mais Ségolène ROYAL, vous parlez de République du respect que vous appelez de vos vœux, je prends quelques unes des mesures que vous préconisez : la mise sous tutelle des allocations, les stages école des parents, mettre des tuteurs de collégiens aux côtés des enseignants, et même, même avoir recours à l’armée. Quand on donne ce panel de mesures, on se dit : mais est-ce que ça correspond avec cet idéal de République du respect ?
Ségolène ROYAL
Ce qui est important c’est la cohérence. La cohérence, elle est là sur des choses que je connais bien parce que je m’en occupe depuis des années.
Françoise LABORDE
Ca, je dois dire qu’il faut reconnaître que les internats relais que vous avez mis en avant, vous les aviez mis en place en 97 quand vous étiez à l’enseignement scolaire, c’est vrai, sur ce chapitre là, on doit vous reconnaître une incontestable constance.
Ségolène ROYAL
Les choses doivent être conduites avec fermeté mais avec justice. On doit faire en sorte que les choses fonctionnent et si ça ne fonctionne pas, prendre des mesures. Faire en sorte  que la famille fonctionne, je l’ai dit,  et si ça ne fonctionne pas, on met sous tutelle les allocations familiales, ce qui est le contraire de ce que fait la droite aujourd'hui, puisque la droite…
Françoise LABORDE
En quoi c’est différent ?
Ségolène ROYAL
En quoi c’est différent ? La droite aujourd'hui suspend les allocations familiales, c'est-à-dire les supprime pour les familles. La mise sous tutelle qui existe d’ailleurs depuis des années (je pense que chacun qui aujourd'hui prend la parole doit d’abord s’informer avant de déformer les choses), ça consiste à faire en sorte que les dépenses continuent à se faire pour la famille, mais avec une personne qui suit ces dépenses et qui décide. Et lorsque la famille a repris ses marques, il s’agit d’ailleurs souvent de femmes seules, et la question de l’insécurité, c’est souvent une question de femmes…
Françoise LABORDE
De mamans qui se laissent déborder.
Ségolène ROYAL
Car quand on est seule face à un, deux, même plusieurs adolescents, on est en grande difficulté, d’où l’idée des stages, des réseaux de parents, c'est-à-dire des parents qui se regroupent et qui sont épaulés par un travailleur social, pour faire en sorte d’assumer leurs responsabilités. Donc, c’est une mesure respectueuse des familles, mais qui cherche à les réinstaller dans leur position d’autorité parentale.
Françoise LABORDE
Donc l’internat relais, la mise sous tutelle des allocations, les stages pour l’école des parents, tout ça on voit.
Ségolène ROYAL
Internats relais : qu’est-ce qui est préférable ? Moi, je les ai vus, les enseignants dans les collèges, qui sont en grande difficulté lorsque quelques enfants arrivent à perturber une classe. Qu’est-ce qui est mieux pour ces enfants ? Vous savez, j’ai vu des enseignants - en classe de 4ème ! - me donner les noms des enfants qui finiraient en prison, à partir de la classe de 4ème si rien n’était fait. Est-ce que les socialistes peuvent accepter…
Françoise LABORDE
La faillite du système.
Ségolène ROYAL
… que des destins d’enfants se nouent dès la classe de 4ème et qu’on sache pertinemment que ces enfants vont finir délinquants ? Non ! Je pense qu’être socialiste c’est refuser cette fatalité.
Françoise LABORDE
Les internats relais, c’est quoi, on les met, on loue un appartement…
Ségolène ROYAL
On les sort du collège parce qu’ils perturbent le collège et on les recadre dans des structures éducatives, dans un appartement de proximité parce qu’il ne faut pas disqualifier les parents. Donc les parents peuvent continuer à être associés  aux encadrants qui vont reprendre les enfants, les lever à l’heure le matin, leur redonner des règles de vie en commun, leur faire faire leurs devoirs, faire en sorte qu’ils fassent du sport, des activités culturelles. Qu’est-ce qu’ils font les parents qui ont des moyens et qui ont des enfants en difficulté ? Ils les mettent où ? Dans des internats privés, très coûteux. Pourquoi les enfants issus des familles populaires n’auraient pas le droit d’avoir au bon moment un système qui les raccroche à la réussite scolaire ? Etre socialiste, c’est ne pas accepter la fatalité de l’échec scolaire pour les familles les plus déstructurées.
Françoise LABORDE
Mais le recours à l’armée, enfin le recours à l’armée, quand on dit ça… enfin tout de même l’idée d’avoir un encadrement militaire pour les plus de 16 ans qui s’engagent, si je puis dire, dans la délinquance. Avouez qu’il y a de quoi être un peu désarçonné ?
Ségolène ROYAL
Je reconnais que le mot « militaire » a pu surprendre mais de quoi s’agit-il ? Lorsqu’il y a une catastrophe humanitaire dans le monde, qui va sur les champs des catastrophes humanitaires ? Les militaires, les pompiers, les gendarmes, les associations humanitaires. C'est-à-dire des professions effectivement sous uniforme parce qu’elles ont des compétences et que c’est une armée citoyenne. Et donc l’idée, quelle est-elle ? Est-ce qu’il est préférable pour un jeune qui vient de commettre son premier acte de délinquance d’être en prison, dans cette école du crime d’où on ressort plus délinquant que lorsque l’on y est rentré ?
Françoise LABORDE
Il y a déjà des expériences qui existent outre-mer…
Ségolène ROYAL
Mais même en France il y a déjà des expériences. Il y a quelques milliers de jeunes qui aujourd'hui bénéficient déjà de ce système, il ne s’agit pas de délinquants durs et récidivistes.
Françoise LABORDE
Non, ils sont volontaires.
Ségolène ROYAL
Ils sont volontaires, c'est-à-dire qu’ils ont le choix entre la prison ou refaire un chantier humanitaire, réapprendre un métier, être réencadré en association. Pourquoi pas avec d’autres types d’encadrants, de professionnels ? Mais l’encadrement militaire, ce n’est pas l’encadrement d’un service militaire où on apprend à tirer, où on conduit un char (encore que ça peut intéresser des jeunes, ça peut amuser… les garçons !). Mais il s’agit de redonner un certain nombre de repères dans le respect des jeunes, dans l’affection des jeunes, dans la volonté de les remettre dans le droit chemin au bon moment avant qu’ils ne basculent dans la délinquance la plus dure. C’est la même cohérence : tarir le flux de production de la délinquance de masse que nous avons aujourd'hui et qui est le résultat de la politique SARKOZY car on est dans ce système. Faut-il fermer les yeux ou faut-il trouver des solutions respectueuses, préventives, fermes quand c’est nécessaire, mais qui s’appuient sur la conviction qu’aucun enfant n’est fichu d’avance, qu’aucun enfant n’est perdu ?
Françoise LABORDE
Alors pourquoi vous avez cette conviction là ? C’est vrai que vous avez toujours une sensibilité très particulière à  ces questions, j’allais dire, d’éducation, de famille, d’encadrement des enfants, pourquoi ? Parce que vous êtes une mère de famille, votre parcours à la Famille, à l’Education nationale ?
Ségolène ROYAL
Mais parce que j’écoute les gens ! Je regarde où sont les souffrances. Je regarde où sont les dysfonctionnements de la société. Je regarde là où les socialistes ne peuvent pas se satisfaire de la situation actuelle. Parce que je suis socialiste et parce que je considère qu’il y a une autre façon de faire que celle de la droite qui consiste à dresser les gens les uns contre les autres. Parce que la droite se dit à un moment : quand il va y avoir de la violence, ça va nous profiter puisque, par définition, on pense que la droite traite mieux ces problèmes. Moi, je dis ici que la droite fait faillite, qu’elle ne traite pas bien ces problèmes, que la situation est extrêmement dangereuse, qu’elle va déraper et qu’il y a d’autres façons de faire : c’est la République du respect.
Françoise LABORDE
Et de la fermeté quand même.
Ségolène ROYAL
Et de la fermeté. D’ailleurs, ce mot de « respect », c’est un mot les plus répondus dans les chansons de Rap. Je voudrais dire aussi aux jeunes des quartiers qu’il est intolérable qu’un Ministre de l’Intérieur fasse toujours l’amalgame entre la délinquance et les quartiers. Dans la région que je préside, j’ai 14 quartiers en zone urbaine sensible, donc je les vois, les élus les voient ces jeunes dynamiques, volontaires, pleins d’énergie, pleins d’initiative. Aujourd'hui, nous les encourageons dans la région à créer leur propre activité, leur propre entreprise et je puis vous dire qu’ils ont des talents exceptionnels. Tous les enfants sont nos enfants et moi je veux faire pour les enfants de ce pays ce que je ferais pour mes propres enfants.
Françoise LABORDE
Vous êtes leur mère de famille…
Ségolène ROYAL
Je n’irais pas jusque là, mais je pense qu’une femme peut peut-être justement mieux régler ces problèmes parce qu’elle n’a pas peur de la fermeté et parce qu’elle est capable de dire : je suis ferme avec toi, j’ai de l’autorité avec toi parce que je t’aime et que je considère que tu as la possibilité en toi de réussir. Et si tous les enfants entendent ça, alors ils sentiront qu’ils font partie de ce pays et qu’on va leur trouver des solutions pour reconstruire l’estime d’eux-mêmes et donc respecter les autres.
Françoise LABORDE
Vous savez que vous vous placez en porte à faux vis à vis peut-être du Parti Socialiste, du projet socialiste, en prenant des positions comme ça très personnelles avant même que le projet existe, ça vous est égal ?
Ségolène ROYAL
Mais pas du tout ! Dans le projet socialiste, il y a l’égalité devant la sécurité, et l’égalité devant la sécurité, c’est d’abord de s’occuper de ceux qui en souffrent le plus, c’est être efficace et respectueux.
Françoise LABORDE
Merci beaucoup Ségolène ROYAL d’être venue nous voir ce matin.
 
FIN
 

mercredi, 31 mai 2006

CUMUL DES MANDATS: DES ACTES CONCRETS!!!

53% des internautes jugent "exemplaire" la décision de Ségolène Royal de renoncer à son mandat de député

 

Pour la majorité des internautes qui se sont exprimés*, la présidentiable socialiste montre la voie à suivre.

Ségolène Royal a de nouveau créé l'événement en annonçant la semaine dernière qu'elle renonçait à se présenter aux élections législatives en 2007. Constamment réélue depuis 1988 dans sa circonscription des Deux-sèvres, la coqueluche des sondages abandonne ainsi son mandat parlementaire pour se consacrer à sa fonction de présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes. Elle renforce son image au passage : 72% des internautes approuvent sa décision (avec 50% qui l'approuvent " tout à fait ").

Qui plus est, le public ne doute pas de la sincérité de sa démarche. Alors que les responsables politiques sont vite taxés d'opportunisme lorsqu'ils s'aventurent à vouloir moraliser la vie politique, la majorité des internautes estime qu'il s'agit en l'occurrence d'une décision " exemplaire " (53%), tandis que 40% en dénoncent le caractère " démagogique " à leurs yeux.

Avec cette décision pour l'instant sans équivalent, Ségolène Royal marque un peu plus sa campagne du sceau de ses deux atouts-maîtres : proximité (le recentrage sur le terrain) et interactivité (l'annonce en a été faite sur un " chat " avec des internautes et non dans un grand média). Elle dessine ainsi en creux l'image d'une nouvelle gouvernance qui prend à rebours les moeurs politiques actuelles. Un coup de neuf que les internautes souhaiteraient voir faire école. Seuls 21% d'entre eux estiment qu'il est légitime qu'un député ou un sénateur soient en même temps à la tête d'un exécutif local, une large majorité d'entre eux (72%) dénonçant au contraire ce mélange des genres. Préempter le terrain de la rénovation politique semble bien aujourd'hui un pari gagnant.

SECURITE: L'ECHEC DE SARKOZY

Sécurité: face à l'"échec" de Sarkozy, Royal prône "une autre politique beaucoup plus ferme"

BONDY, (AP) - Dressant un "constat d'échec" de la politique de sécurité menée par le ministre de l'Intérieur, Ségolène Royal a préconisé mercredi après-midi "une autre politique beaucoup plus ferme" pour "mettre un coup d'arrêt à cette production massive de délinquance".

"Aujourd'hui, il y a un constat d'échec de la politique qui est conduite, et donc il faut une autre politique beaucoup plus ferme", a-t-elle réclamé lors d'un déplacement à Bondy en Seine-Saint-Denis, département où des incidents ont éclaté lundi et mardi soir. "Il est temps de mettre en place un ordre juste et une sécurité durable".

Epinglant Nicolas Sarkozy, la présidentiable socialiste a estimé que "l'échec de la politique de sécurité est flagrant", accusant le ministre de l'Intérieur d'être "un facteur de troubles, un facteur de désordre et d'inefficacité politique".

En réponse, Ségolène Royal a estimé qu'il faut "agir de façon différente, de façon beaucoup plus massive, mettre un coup d'arrêt à cette production massive de délinquance". "Il n'est pas acceptable que dans un pays comme la France, la sécurité quotidienne ne soit pas garantie".

 

MOINS DE 5% de CHÔMEURS, C'EST POSSIBLE

Ségolène Royal juge "possible" de passer sous la barre des 5% de chômeurs

 

PARIS (AP) - Ségolène Royal juge "possible" de faire passer le chomage sous la barre des 5% de la population active en France.

"D'autres pays d'Europe ont réussi à baisser leur taux de chômage en dessous des 5%. C'est donc possible d'y parvenir", a remarqué la candidate à l'investiture socialiste pour la présidentielle 2007, lors d'un chat (discussion en ligne) mardi après-midi sur le site Web du quotidien économique "Les Echos".

"Il faut une réforme profonde de l'ANPE", qui devrait mener "une politique volontariste d'adaptation des qualifications (des demandeurs d'emploi, NDLR) aux besoins des entreprises", a estimé la présidente socialiste du conseil régional de Poitou-Charentes.

Elle a également proposé "un plan de formation obligatoire qui ouvre droit au maintien du salaire en cas de perte d'emploi".

"Un cercle vertueux est possible en France au prix d'une mobilisation des collectivités locales, d'une refondation des services chargés de l'emploi et d'un renforcement d'un dialogue social", a considéré Ségolène Royal. La France comptait fin mars 2,28 millions demandeurs d'emploi, soit 9,5% de la population active, selon le ministère de l'Emploi.

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